Déchets et économie circulaire
#533 - septembre 2026

Sommaire

Grand Entretien

Philippe Guillemot (N79), président-directeur général de Vallourec

Dossier : Déchets et économie circulaire

Déchets, la matière ne meurt jamais

L’économie circulaire, c’est de l’ingénierie

Recycler ne suffit pas

Mines d’hier, métaux de demain

Démantèlement nucléaire : la France fait école

Fives Cail : déconstruire pour mieux bâtir

Grand Paris Express : 50 millions de tonnes de terres à réinventer

Méthane et décharges : ce que les satellites nous révèlent

Les déchets textiles, nouvelle matière première stratégique

L’économie circulaire se joue aussi dans les textes officiels

Les Mines et la recherche

Voir l’hydrogène fragiliser l’acier en temps réel : une première mondiale

Ma thèse en une page : Ana Lucia Tula

Perspectives

France 2030 : quel bilan critique à mi-parcours ?

Les SCOP : DURALEX, SED LEX…

Trajectoires

Marie Muller (N10)

Claude Dao (P15)

Vincent Huraux (E89)

Les nominations

Datadome

Édito

Les déchets ont du cachet !

 

Il peut paraître quelque peu étonnant que le thème de ce numéro – les déchets – ait suscité l’enthousiasme sans réserve de tous les membres du Comité de rédaction. Le sérieux de l’Institution et le caractère affriolant dudit thème ont dû jouer pour beaucoup… à moins que ce ne soit le sérieux du thème qui l’ait affriolé ? Car, à la bien considérer, cette question du traitement des déchets apparaît aussi actuelle que complexe, aussi nécessaire que retorse.

 

L’observation du monde tend à déceler, dans la nature, la présence d’un cycle de réutilisation permanente de la matière, dont on sait, depuis Lavoisier, qu’ici-bas rien ne se perd ni ne se crée. Il aurait pu y avoir entassement, mais la permanence de ce cycle semble éviter un tel phénomène si bien qu’au final, tout se passe comme si l’équilibre naturel n’émettait pas de déchets, la quantité de choses absorbées par l’ensemble des systèmes, physiques comme biologiques, compensant exactement celles produites par ceux-ci.

 

L’activité humaine déplace clairement cet équilibre délicat, en attestent l’acidification des eaux, la pollution, les décharges à ciel ouvert, le 7e continent, etc. Cette pollution, grandement décidée par l’homme, est la conséquence d’une production au moindre coût, c’est-à-dire considérant l’environnement comme une poubelle de contenance infinie, propre à absorber continûment les résidus qu’on lui envoie. Cela fonctionne à peu près sur le temps long tant que l’on est peu nombreux, mais à 8 milliards ou plus, cette manière de procéder rencontre à l’évidence sa limite catastrophique. C’est là qu’apparaît la question des déchets.

 

Son traitement voudrait reproduire la perfection du cycle naturel qui, une fois transposé dans le monde humain dont l’horizon unique semble être l’échange commercial, prend la dénomination d’“économie circulaire”. Comme toute question tenue unanimement pour difficile, il est rare d’avoir une réponse unique. L’évaluation d’un bout à l’autre de la chaîne de production étant complexe, les fausses bonnes idées pullulent, qui privilégient le local (on réhabilite bien les déchets), avec un bilan global contrasté, pour ne pas dire négatif (par exemple en consommant tant d’énergie que cela n’en valait pas la peine – sauf s’il y avait un gain financier pour certains, évidemment).

 

Il n’y a qu’une alternative possible : soit la réhabilitation des déchets devient un business, soit les Nations se réveillent et forcent leurs appareils productifs à respecter l’environnement (c’est-à-dire notre habitat). Notre industrie a, hélas, suffisamment montré que gagner de l’argent sans polluer est une utopie, d’où le recours à la loi, que l’économie trouve toujours à contourner… Finalement, traiter les déchets demande une sincérité que l’homme est incapable d’avoir, préférant, de par sa nature de mortel, sa satisfaction à court terme à la sauvegarde à long terme, fût-elle de sa propre espèce. On pouvait aussi considérer qu’il n’y a rien de naturel, que la nature actuelle c’est l’espèce humaine avec ses externalités négatives, et que si elle n’y survit pas, une autre nature prendra le relais. On ne sortirait ainsi jamais vraiment du cycle. Nous laissons le lecteur sur cette conclusion orientalisante.

Par Axel Cypel (P99),
Rédacteur en chef
Datadome
Le Grand entretien
Philippe Guillemot (N79)

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