L'économie circulaire
se joue aussi dans les textes officiels
Par Serge Neuman (DOCT. P99),
expert en stratégie de l’innovation
L’économie circulaire ne progressera pas seulement par conviction écologique. Elle progressera lorsque les entreprises sauront lire les politiques publiques comme des signaux de marché : la Carotte pour financer la preuve, le Bâton pour anticiper les cahiers des charges futurs, les Tambours pour rendre visible la valeur circulaire.

Encore faut-il distinguer le signal de la certitude. Une aide peut soutenir une solution sans débouché durable ; une réglementation peut être tardive, instable ou contradictoire ; un indicateur peut valoriser ce qui est facile à mesurer plutôt que ce qui est réellement pertinent. La politique publique éclaire la stratégie de l’entreprise, mais elle ne remplace ni l’analyse du marché ni la validation technologique. Elle doit être lue, évaluée et confrontée à la réalité, car elle peut également reposer sur des présupposés contestables ou sur une représentation imparfaite du marché.

 

Conserver la valeur plutôt que gérer le déchet

 

L’économie circulaire est souvent présentée comme un impératif environnemental. C’est juste, mais incomplet. Pour l’entreprise industrielle, elle devient stratégique lorsqu’elle répond à une question économique : comment conserver plus longtemps la valeur déjà créée ? Car cette valeur ne disparaît pas nécessairement lorsque le produit est vendu, usé ou retourné. Elle peut subsister dans une pièce détachable, une matière secondaire, une donnée d’usage, une capacité de reprise, un savoir-faire de réparation, un contrat de maintenance ou une réputation de durabilité.

La circularité est aussi une question de souveraineté. Dans un monde où les matières premières sont limitées, volatiles et disputées, elle ne consiste pas seulement à produire moins de déchets, mais à reprendre la maîtrise de flux, de composants et de savoir-faire que l’économie linéaire abandonne trop vite.

Pourtant, les boucles circulaires se forment rarement de manière spontanée. Elles se heurtent d’abord à l’inertie du modèle existant : procédés maîtrisés, chaînes d’approvisionnement établies, investissements amortis et habitudes d’achat installées. À cela s’ajoute un décalage économique : les coûts de collecte, de qualification ou de transformation précèdent les revenus, tandis que les bénéfices se répartissent entre plusieurs acteurs. Celui qui conçoit un produit plus réparable ne capte pas nécessairement toute la valeur créée pour l’utilisateur, le réparateur, le recycleur ou la collectivité. C’est précisément sur cette inertie et ces décalages que la politique publique peut agir. Pour ce faire, elle mobilise trois grandes familles d’instruments : la Carotte, le Bâton et les Tambours. Leur combinaison peut faire passer une innovation circulaire du concept au compte de résultat… à condition que l’entreprise ne les suive pas aveuglément.

 

La Carotte : financer la preuve, pas la rente

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