Le Grand Paris Express, quatre nouvelles lignes de métro automatique autour de Paris pilotées par la Société des grands projets (ex-Société du Grand Paris, SGP), est fréquemment qualifié de plus grand projet de construction européen du moment1. Échelonné sur 20 ans et estimé en 2012 à 36 milliards d’euros, financé en grande partie par la dette, il cumule des enjeux considérables d’acceptabilité publique et de maîtrise des coûts.
L’économie circulaire n’est pas nouvelle dans les travaux publics : incorporer des matériaux recyclés dans les couches de chaussée ou se fournir localement en pondéreux est courant, pour des raisons d’approvisionnement et de coût. Pour les usages les plus techniques en revanche, comme garantir une durée de vie de 100 ans à un tunnel, les pratiques éprouvées restent de mise et les matériaux naturels privilégiés.
Forte de leur visibilité nationale et internationale, la SGP et les entreprises qui l’accompagnent ont saisi l’opportunité du projet pour intégrer les pratiques les plus vertueuses, en mêlant innovation et maîtrise des risques. La complexité du chantier a imposé de définir des axes stratégiques clairs, pour un impact environnemental maximal, au-delà des seules obligations réglementaires.
Très tôt, des choix techniques et méthodologiques structurants ont été arrêtés. Sur les déchets, un cadre harmonisé autour des déblais, pionnier à cette échelle, a été défini dès 2012. Sur les eaux souterraines, la technique des parois moulées a été retenue pour les murs souterrains des gares et ouvrages. Sur la décarbonation, une trajectoire carbone établie dès 2012, puis une cible de réduction de 25 % des émissions liées à la construction, fixée à certains marchés à partir de 2021. Trois axes qui touchent à la prévention et à la gestion efficace des ressources fondamentales que sont la matière, l’eau et l’énergie.
Le champ de la matière est le plus connu du grand public, l’économie circulaire étant facilement réduite au seul recyclage. Il n’en constitue pourtant qu’un des 7 leviers d’action définis par l’ADEME2.
Le levier énergie est aujourd’hui quasi systématiquement traité sous l’angle de la décarbonation, grâce à la maturité des bilans carbone et à la métrique “tonne équivalente CO2” qui permet de chiffrer et comparer presque tout. Économie circulaire et décarbonation ne sont pourtant pas toujours alignées et des arbitrages s’imposent parfois : le recyclage consomme souvent plus d’énergie que l’extraction d’un matériau naturel. Pour un parvis, faut-il privilégier un pavé de granit extrait de Chine, facilement réemployable, ou une chape béton produite localement mais difficile à déconstruire en fin de vie ?
L’eau restait jusqu’à peu le parent pauvre de l’économie circulaire en France, dans un pays qui n’en manquait pas. Inondations et sécheresses exacerbées par le dérèglement climatique ont rebattu les cartes, comme en témoigne l’introduction du “plan eau” gouvernemental en 2023.
La gestion des terres excavées
Desservant des territoires pour la plupart déjà urbanisés, les 200 kilomètres de lignes supplémentaires du projet seront souterrains à 90 %, engendrant des quantités gigantesques de terres excavées : près de 50 millions de tonnes, soit l’équivalent d’un rehaussement de plus de 23 cm du territoire de la Ville de Paris, bois de Boulogne et de Vincennes inclus ! À leur pic, les cadences d’excavation ont représenté jusqu’à 20 % de la production francilienne de déchets.
Plus de 35 tunneliers, énormes trains-usines de plus de 100 mètres de long, creusent à raison d’une quinzaine de mètres par jour, excavant chacun environ 1 500 m³ d’une pâte gorgée d’eau, soit l’équivalent de plus de 100 camions ou d’un seul convoi fluvial. Ces marins de tunneliers représentent la moitié des déblais du projet et doivent être stockés en casiers.
Une traçabilité totale
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