Introduction
Déchets : la matière ne meurt jamais
Par Clément Kostov (P80)
Trier, recycler, réemployer : et si le déchet n’était plus une fin, mais un point de départ ? De Citeo aux tunnels du Grand Paris Express, en passant par le démantèlement du nucléaire et la traque satellite du méthane, ce dossier donne la parole à ceux qui réinventent, sur le terrain, la gestion de nos ressources.
Datadome

Le thème de ce dossier, Déchets et Économie circulaire, avait été proposé par le Comité de Rédaction pour prolonger le cycle de réflexion engagé avec les précédents dossiers – décarbonation industrielle, gestion des risques, matériaux innovants – qui contribuent tous aux transitions énergétique et écologique. Nous avons travaillé en équipe au sein de la rédaction pour structurer ce dossier, tant les thèmes éligibles étaient nombreux.
Notre approche nous a conduits à retenir le tri, le recyclage, le réemploi, mais aussi le retraitement des métaux stratégiques et le démantèlement de structures industrielles. Nous recherchions des témoignages relatant des expériences concrètes, des “bonnes pratiques” et des résultats quantifiables.

Ce thème a bien résonné auprès des lecteurs de la Revue : notre appel à contributions a produit une cinquantaine de propositions, preuve que nombre de nos camarades sont actifs sur ces sujets. Pour la sélection des articles à publier, nous avons privilégié les retours d’expérience et les cas vécus, plutôt que les modélisations et réflexions académiques, elles aussi nombreuses.

À mesure de la réception des contributions, plusieurs dynamiques importantes se sont dégagées.

Nous retrouvons nos deux thèmes dans de récentes communications du gouvernement, qui souhaite “passer d’une logique de gestion des déchets à une logique de gestion des ressources et des matières” (voir l’encadré). L’économie circulaire, chargée de gérer ces ressources et ces matières, devient ainsi “un enjeu industriel, économique et de souveraineté”. Elle est en plein essor : les acteurs de l’industrie et d’autres apprennent à faire circuler la matière au lieu de la consommer une seule fois, avec le défi supplémentaire de rentabilité et de compétitivité sur les marchés nationaux, communautaires (UE) et mondiaux1.

Un plan pour les emballages plastiques

 

Le plan Plastique, validé par le Conseil, fait de l’économie circulaire un levier d’industrialisation et de souveraineté. Il traduit sur le plan opérationnel la refondation des filières à responsabilité élargie du producteur (REP), vers une approche plus industrielle : éco-conception des emballages, renforcement des capacités de collecte, de tri et de recyclage, déploiement du réemploi. Objectif européen : 55 % de recyclage des emballages plastiques en 2030 (90 % pour les bouteilles).

 

Sources :

Le dossier débute par l’interview de Jean Hornain, directeur général de Citeo depuis 2017. À travers le parcours de Citeo, on suit l’évolution du modèle REP en France : d’abord intermédiaire entre collectivités locales et industriels, l’éco-organisme est aujourd’hui un acteur à part entière de l’organisation de l’économie circulaire sur le terrain. Une introduction claire et succincte d’un mécanisme complexe, qui a fait ses preuves mais qui évolue avec les politiques nationales et européennes.

L’article d’Olivier Dubourdieu (P11 et DOCT. P25) et Damien Goetz (P86 et DOCT. P00), enseignants-chercheurs au Centre de Géosciences de Mines Paris PSL, offre une vue d’ensemble sur le traitement des matériaux critiques. L’économie circulaire y joue un rôle important, mais le recyclage et le réemploi ne suffiront pas seuls à garantir les stocks nécessaires : des apports de matière vierge resteront indispensables, avec les problèmes géopolitiques que cela implique.

Éric Déliac (CM77 et DOCT. P86), cofondateur de HERMES Minerals, présente un procédé innovant, encore en phase R&D, pour réhabiliter d’anciens sites miniers : dépollution et valorisation des métaux et terres rares contenus dans leurs résidus.

Nous poursuivons ce tour d’horizon avec des articles consacrés au démantèlement de sites industriels. Sylvain Granger (Directeur Déconstruction et Déchets d’EDF et Président exécutif de Cyclife) expose les enjeux du démantèlement d’installations nucléaires : risques à court et long terme, image publique, responsabilité intergénérationnelle. À travers l’exemple du Technocentre de Fessenheim, il montre comment EDF anticipe les phases de vie de ses installations et place l’économie circulaire au cœur de la filière.

Dans un contexte très différent en apparence, mais non sans analogies, Nina Cossais (N04), chargée d’opération, SORELI – Société d’Économie Mixte de Rénovation et de Restauration de Lille, décrit la métamorphose de l’ancienne usine Fives Cail Babcock (1861-2001). Sur cette friche se dressent encore une quinzaine de halles monumentales de briques et d’acier, équipées de ponts roulants et culminant à 30 m de hauteur – vouées à devenir un écoquartier de la Métropole Européenne de Lille. Le chantier est exemplaire par l’intégration du recyclage et du réemploi à tous les stades de sa réalisation.

Restons dans la construction, pour une visite des chantiers du Grand Paris Express, guidée par Thomas Gaudron (E04), responsable terres excavées, déchets et économie circulaire, Grand Paris Express, Société des grands projets. Ce chantier prévoit la réalisation de 200 km de nouvelles voies de transport autour de Paris, à 90 % en souterrain. La gestion des terres excavées, des eaux souterraines usées, et de tous les autres aspects de la construction fait l’objet d’une attention particulière à la traçabilité, au recyclage et au réemploi. Deux exemples de nouvelles filières créées pour valoriser des déchets spécifiques du chantier illustrent ces solutions de réemploi, en remplacement d’une simple élimination.

Continuons avec des expériences qui relèvent plus de la recherche à long terme. Les observations spatiales viennent en aide pour dresser une vue d’ensemble des émissions de méthane provenant des décharges du monde entier. Matthieu Dogniaux (P14), chercheur au SRON – Space Research Organisation Netherlands, montre qu’avec les méthodes actuelles d’autoévaluation, il n’existe aucune corrélation entre les émissions rapportées par les opérateurs des décharges et celles observées par satellite. Ces observations satellitaires, qui s’appliquent aussi à de nombreuses autres activités génératrices de méthane, comme l’extraction d’hydrocarbures, ont le potentiel de fournir une image juste et quantifiée des émissions des décharges, ce qui devrait faciliter les futures réglementations applicables.

Passons à un projet en phase de mise à l’échelle industrielle : Elise Roc (E00), Head of Circular Value Chain chez Reju, filiale de Technip Energies, nous fait part d’une histoire passionnante autour du recyclage des fibres de polyester. Un nouveau procédé, en cours d’essais, transforme les déchets de polyester en un matériau qui peut ensuite redevenir du polyester, aux caractéristiques physiques similaires à celle de la matière vierge mais avec une empreinte carbone deux fois moindre.

Nous concluons cette sélection d’articles pour la version imprimée de la Revue avec celui de Serge Neuman (DOCT. P99), expert en stratégie de l’innovation : une réflexion originale, assortie de conseils pratiques, pour aider les entreprises à concilier objectifs écologiques et économiques dans un cadre réglementaire perçu a priori comme figé. L’ambition écologique y devient ainsi non plus seulement une contrainte, mais un avantage industriel.

Les articles suivants ne sont disponibles qu’en ligne  :

  • Martin Bernard (P24 MS), chargé de missions à l’ADEME, explore les boucles locales d’économie circulaire : comment activer les gisements disponibles pour renforcer la souveraineté matière de nos territoires.
  • Mathilde Lacaze-Masmonteil (P21 MS), avocate en droit de l’environnement, et Thibault Julia, avocat au sein du cabinet LPA Law, dressent un état des lieux du cadre juridique applicable à la remise en état des sites et sols pollués, à la lumière des réglementations récentes.
  • François Lainée (CM85), consultant Data/IA, offre son témoignage personnel : un regard citoyen et data-driven sur ce que les chiffres révèlent, et ce qu’ils cachent, sur la gestion locale des déchets.
  • Camille Srecki (P19), cheffe de projet R&D chez Saint Gobain, partage son expérience du recyclage de la laine de verre et dresse un bilan de la stratégie et des activités de Saint Gobain en matière d’économie circulaire.

Nous espérons que vous trouverez ce dossier intéressant et instructif. Nous sommes conscients de n’avoir traité qu’une partie limitée du thème proposé, et vous donnons rendez-vous dans des prochains numéros de La Revue pour explorer ces thèmes.

1. voir tensions géopolitiques de l’année 2026 : revendications des USA sur le Groenland, blocus du détroit d’Hormuz et tensions sur de nombreuses chaînes critiques d’approvisionnements industriels.
Clément Kostov
Clément Kostov (P80)
Clément Kostov est consultant en recherche géophysique appliquée, cette activité faisant suite à son expérience professionnelle chez Schlumberger pendant 30 ans et à son travail de thèse à l’Université de Stanford. Clément collabore à la Revue des Mines depuis 2021 et contribue également à des revues de géophysique appliquée.
Philippe Simon
Philippe Simon (P72)
Directeur scientifique de la Revue des Mines, Philippe est MBA d’University of Chicago, Booth School of Business. Après une carrière double, industrielle (Aluminium Pechiney, SAFT, Faurecia, Thomson) et de Conseil (Bain & Cie, CSC Index, Braxton/Deloitte) il est cofondateur en 2009 du cabinet Winnotek spécialisé en valorisation de l’innovation, stratégies de Propriété Intellectuelle et montage de projets R&D collaboratifs.
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