Mines d'hier
matériaux de demain
Par Eric Déliac (CM77 et DOCT. P86),
président, HERMES Minerals
La France hérite de près de 1 900 anciens sites miniers non réhabilités : sérieux défi environnemental – contamination des sols, drainage acide, métaux lourds – mais aussi opportunité stratégique insoupçonnée, leurs résidus contenant des métaux critiques dont l’Europe est largement dépendante. La startup HERMES Minerals développe un procédé qui finance la dépollution par la valorisation de ces métaux.

Depuis la révolution industrielle et jusqu’au XXe siècle, la France a connu des activités minières très diversifiées (charbon, fer, étain, plomb-argent, or, uranium, potasse, sulfures, etc.). Un rapport du Sénat1 (2020) estime le nombre total de sites miniers en France à environ 1 800-1 900 sites recensés, dont seulement quelques-uns continuent à être exploités. Bon nombre de ces sites ont été fermés entre les années 1950 et 1980 et les concessionnaires n’existent plus, ou bien les concessions ont expiré. À la fermeture des exploitations, peu de sites ont bénéficié d’une remise en état complète puisque la législation ne le prévoyait pas.

Plus de 50 ans après leur fermeture, la responsabilité de ces sites orphelins incombe à l’État. Il ressort des auditions menées par la commission d’enquête du Sénat que l’ADEME a priorisé la mise en sécurité des sites, la réhabilitation n’étant pas ou peu abordée. Or l’exploitation minière, tout en étant un moteur de développement économique, a généré et génère d’importants volumes de résidus miniers solides (RMS), issus du traitement des minerais. Ces matériaux contiennent encore des substances valorisables telles que des métaux nobles, considérés comme critiques ou stratégiques, des terres rares, mais aussi des éléments toxiques comme l’arsenic, le soufre ou des réactifs utilisés lors du traitement minier. Leur accumulation soulève des problèmes environnementaux majeurs : contamination des sols et des eaux, drainage minier acide (DMA), libération de métaux lourds, risques liés à la stabilité des dépôts.

 

Un gisement stratégique insoupçonné

 

Un rapport du BRGM2 (1997) a recensé plus de 120 sites contenant chacun plus de 100 kt de résidus miniers, pour la seule France métropolitaine, soit plus de 130 Mt de résidus au total, avec des teneurs importantes en minéraux de grande valeur — et cela sans compter l’uranium, la bauxite, ni les terres rares, éléments stratégiques qu’on n’analysait pas à l’époque. Une compilation des données de ce rapport sur 8 métaux pour lesquels l’information est suffisante (Ag, Au, Cu, Pb, Sb, Sn, W, Zn) montre que les ressources associées à ces résidus sont souvent significatives, avec le potentiel de couvrir plusieurs années de besoins nationaux français (Figure 1).

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