Au cours des dernières décennies, une part importante des matières1 a été gérée selon une logique d’économie linéaire : enfouissement ou incinération, deux exutoires où les ressources sont définitivement perdues. Une autre part a été exportée avec des niveaux de valorisation variables – principalement vers l’Asie (la Chine jusqu’à la fin des années 2010, puis vers l’Asie du Sud-Est), mais aussi vers certaines zones d’Europe ou d’Afrique, avec parfois un réemploi effectif.
Ces approches, longtemps dominantes, apparaissent aujourd’hui en décalage avec les enjeux actuels. L’approvisionnement de nos industries repose largement sur des ressources limitées, souvent importées de zones géopolitiquement sensibles. Dans un contexte de tensions croissantes sur les marchés mondiaux, cette dépendance aux matières premières vierges constitue un facteur de vulnérabilité pour de nombreuses filières.
Le développement de boucles locales d’économie circulaire s’impose dès lors comme un levier structurant : en maximisant la récupération et la valorisation des matières, ces dynamiques contribuent à sécuriser les approvisionnements tout en réduisant l’empreinte environnementale des activités industrielles.
Sur de nombreuses filières – plastiques, textiles, papiers-cartons, métaux, bois ou verre – des gisements existent à l’échelle locale et restent insuffisamment mobilisés. Les valoriser suppose de dépasser une approche centrée sur le seul traitement, pour aller vers une logique de filières territorialisées, adaptées aux spécificités de chaque matériau et s’appuyant sur l’ensemble des piliers de l’économie circulaire.
Ces gisements demeurent sous-exploités pour plusieurs raisons : connaissance partielle des flux disponibles, hétérogénéité des matières compliquant leur recyclage, coûts logistiques élevés, incertitudes sur les débouchés industriels. À cela s’ajoutent des arbitrages économiques souvent défavorables, entre la compétitivité des matières vierges et les investissements nécessaires pour intégrer des matières recyclées.
C’est dans cette perspective que l’ADEME intervient : identifier, qualifier et activer ces gisements pour faire émerger de nouvelles opportunités économiques et industrielles à l’échelle des territoires – par l’accompagnement technique et financier, la production d’études, la mise en relation d’acteurs et le soutien à l’expérimentation, afin de lever ces verrous.
Des gisements aux filières : trois projets en acte
L’ADEME accompagne, à travers des dispositifs tels que l’appel à projets ORMAT (voir encadré), des initiatives structurantes montrant concrètement la mise en œuvre de boucles locales d’économie circulaire. Ces projets montrent comment il est possible de contribuer à la décarbonation des filières industrielles – le recyclage permettant de réduire les consommations d’énergie et le recours aux matières premières vierges – tout en développant des boucles courtes et durables, favorisant souveraineté industrielle et sécurisation des approvisionnements.
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