Ecologie et économie de mer
Introduction
Par Philippe Jestin (E20)
Notre planète bleue est recouverte à 70 % par des étendues d’eau abritant 80 % des espèces vivantes. En 2024, le transport maritime représente 90 % du volume total de commerce mondial. Les câbles sous-marins représentent 99 % du volume mondial de données échangées. Plus de 3 milliards d’êtres humains vivent sur le littoral. Ces quelques chiffres montrent l’importance de ces étendues bleues sur nos vies, nos sociétés, notre quotidien.
Datadome
A large school of Jacks in Indonesia. Tulamben, Bali.

L’importance des océans se décline aussi à l’échelle nationale : la France possède la 2e plus grande Zone Économique Exclusive (ZEE), avec 10,9 millions de km², localisés en majorité dans les départements et collectivités d’outre-mer. Le PIB de l’économie maritime française s’élève en 2019 à 1,5 % du PIB total, générant un demi-million d’emplois sur tout le territoire. Enfin, le patrimoine industriel et culturel français regorge de spécificités maritimes : la pêche traditionnelle du Pays basque et de Bretagne, les chantiers navals de la côte atlantique et méditerranéenne, les régates des Antilles et de Vendée…

Pour autant, quand on pense à des catastrophes écologiques, bien des exemples marins nous viennent en tête : marées noires, 6e continent de déchets plastiques, blanchissement des coraux et montée des eaux… Les causes de ces désastres sont indéniablement d’origine humaine : la dualité et l’arbitrage entre écologie et économie est omniprésente.

En septembre 2024 “l’Année de la mer” a débuté en France. Elle se conclura en juin 2025 par la troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan, qui se tiendra à Nice. Plusieurs événements marquants jalonneront ce chemin : par exemple, les journées du patrimoine les 21 et 22 septembre auront pour thème le “Patrimoine maritime”, les assises Économie de la Mer se tiendront à Bordeaux le 19 et 20 novembre.
On attribue souvent la citation “on aime ce qui nous a émerveillé, et on protège ce que l’on aime” au commandant Cousteau. Si elle témoigne de son amour et de son implication pour le monde marin, elle nous rappelle également que protéger les océans passe d’abord par les aimer et savoir les faire aimer. Un dénominateur commun des articles qui constituent ce dossier réside dans le consensus de la nécessité de développer des filières de formation, à minima une certaine éducation vis-à-vis des océans.

 

L’état de santé des océans : quel constat ?

 

Forte de sa formation et de son expérience dans le milieu halieutique et de son engagement pour la WWF, Isabelle Autissier donne sa vision de l’état actuel de la pêche et de la biodiversité et détaille l’importance du tissu associatif pour les océans. Également écrivaine de marine et ancienne coureuse au large, elle dresse de nombreux ponts entre toutes ces thématiques.

Chercheur au laboratoire de météorologie dynamique de l’École Polytechnique, Sylvain Cros (DOCT. P04) dresse un bilan des effets des changements climatiques sur les océans : montée des eaux, acidification des océans. Les grands principes de causalité et les boucles de rétroactions sont également explicités à partir de l’augmentation de la concertation en CO2 dans l’atmosphère.

Au travers d’une étude de cas sur la tristement célèbre marée noire “Deep Water Horizon”, Clément Kostov (P80), chercheur géophysicien, évoque les multiples arbitrages entre économie et écologie dans un contexte industriel complexe, ainsi que leurs évolutions sur une période d’une soixantaine d’années. Un parallèle et un lien de continuité sont suggérés entre l’expérience industrielle de l’exploitation d’hydrocarbures en mer et celle encore naissante de l’exploitation des fonds marins pour des métaux.

 

Des technologies prometteuses

 

Ancien officier de marine et consultant dans la filière éolienne marine depuis 12 ans, Marc Lanne présente cette source d’énergie bas carbone, les grandes briques technologiques inhérentes à son exploitation et les enjeux de son développement dans les prochaines années.

Longtemps méconnues du grand public, les algues deviennent de plus en plus incontournables, dans nos assiettes, mais pas que ! Stéphanie Pédron, directrice générale du Centre d’Étude et de Valorisation des Algues, propose un tour d’horizon de ces végétaux pas comme les autres. Cela va de leur culture à leur transformation pour leur consommation, en passant par la prévention des espèces invasives et l’encouragement d’un écosystème de formations dédiées à la filière algale.

Le transport maritime à la voile se réinvente. Dans le contexte d’hyper dépendance de l’économie mondiale au commerce maritime dont l’impact environnemental est important, des solutions se mettent en place pour pallier cela. C’est le cas de VELA, société cofondée par Michael Fernandez Ferri (N06). Il évoque la structuration d’une telle entreprise, les facteurs clés de succès dans cet environnement hautement concurrentiel et les transferts technologiques effectués depuis le milieu de la course au large.

 

Connaître pour anticiper, s’engager et transmettre

 

L’initiative “Mines Paris pour l’Océan” a été lancée en 2022 et propose un cursus dédié à la préservation de l’océan. Entre formations des élèves ingénieurs à l’ingénierie bleue, sensibilisation à la protection du milieu marin et intégration de ce nouvel enseignement, rencontre avec Franck Guarnieri, directeur de recherche à Mines Paris et co-auteur de ce projet.

Après avoir passé plusieurs années en mer, d’abord dans la marine nationale puis au sein des navires Sea Sheperd, Maxime de Lisle a aujourd’hui fondé une association, Seastemik, qui vise à alerter sur le fléau de la surpêche et à faire bouger les lignes de ce milieu. Il travaille par ailleurs sur des bandes dessinées qui démocratisent le monde marin.

Certains sujets n’ont pu être traités dans ce dossier, qui ne peut être exhaustif sur un si vaste sujet. Voici cependant quelques liens pour en compléter la lecture :

Philippe Jestin
Philippe Jestin (E20)
En dernière année de son cursus ingénieur à Saint-Étienne, qu’il effectue en échange à l’université PSL, Philippe s’est formé à la science des données et au génie industriel. Intéressé par les domaines de l’énergie, du transport, et de l’industrie navale, il travaille actuellement à l’optimisation de processus industriels via la donnée au sein de Dassault Systèmes. Ses origines bretonnes (du pays de Pagan, Finistère Nord), la pratique de la voile et son implication dans diverses structures en lien avec le domaine maritime ont contribué à lui construire sa passion pour l’océan, qui a alimenté son implication dans la structuration de ce dossier.
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