Quentin Sellam (P22) – Des pipelines à la planète : la R&D comme boussole
Mon cursus m’a permis de découvrir plusieurs domaines et champs scientifiques, forgeant une formation généraliste et transversale. Un domaine a cependant retenu mon attention dès la première année et a coloré la moitié de mon parcours : la science des matériaux. Aussi vaste (matériaux métalliques, céramiques, polymères, composites, nanomatériaux, biomatériaux…) que complexe, ce domaine regorge de défis industriels : mise en forme, transformation, compréhension des liens entre propriétés mécaniques et microstructures, etc.
La transition vers un monde plus durable impose de repousser nos limites, tant pratiques que théoriques : comment développer un alliage métallique recyclé, donc moins carboné, présentant les mêmes propriétés, ou du moins une tenue en service suffisante, que son alliage de référence, malgré les impuretés inhérentes au recyclage ?
Au-delà de la réduction des émissions de CO₂, l’impact sur la santé humaine et celle des écosystèmes est au cœur de nombreux sujets de recherche stimulants. La compétitivité de nos industries, enfin, est directement tributaire de notre maîtrise dans ce domaine.
En choisissant mécanique et matériaux comme option, je choisissais la certitude d’un impact direct et mesurable sur le monde qui m’entoure, tout en optant pour un domaine dont je ne pourrais jamais faire le tour en une vie. Ainsi, au cours de ma deuxième année, j’ai participé à une étude expérimentale et numérique de l’effet de l’oxygène sur la fragilisation par l’hydrogène des métaux de pipeline. L’enjeu est concret : surmonter les défis liés au transport d’hydrogène – en s’appuyant, par exemple, sur les pipelines de gaz existants – constitue un aspect essentiel de l’innovation à venir.
Cette expérience a confirmé mon attrait pour la R&D et mon envie d’approfondir mes connaissances en matériaux. J’effectue aujourd’hui mon stage de fin d’études en R&D, sur un sujet mêlant compréhension de phénomènes physiques, conception de montages expérimentaux complexes et étude approfondie des paramètres d’influence, le tout dans une optique de réduction d’empreinte carbone. J’y retrouve la complexité souhaitée, tant théorique qu’expérimentale, tout en conservant un impact direct et positif sur le monde qui m’entoure.
Lucas Joly (E23) – Du Jura à Dijon, bâtisseur dans l’âme
Fabriquer, telle est pour moi la quintessence du métier d’ingénieur, et ce fut longtemps une fierté nationale, quoiqu’oubliée. Originaire du Jura, j’ai grandi dans un environnement encore très industriel, mais hélas loin de son apogée. Pipes, diamants, jouets, cuirs, bois, fromages, charcuterie, plastiques, chimie, automobiles, lunettes ont façonné les vies et les villes, encore aujourd’hui. Rêvant depuis tout jeune d’œuvrer à la réindustrialisation, je me souviens encore de moi en classe de français en première, réfléchissant à la façon d’ouvrir une usine de robinets. Convaincu que les très riches heures de l’industrie française ne pouvaient pas n’être qu’un vieux souvenir, j’ai choisi en 3A les matériaux – car l’industrie, c’est avant tout leur sélection et leur mise en forme pour produire.
J’ai ainsi entrepris d’industrialiser le bâtiment grâce à un système de ma conception d’ossature bois modulaire, des fondations au toit. L’idée a depuis longtemps quitté le papier : ma première maison de 150 m² près de Dijon, bâtie en fin de semaine pendant mes années à l’École, est en cours d’achèvement. Une famille pourra y vivre d’ici l’automne, et trois autres chantiers sont déjà en préparation. Les matériaux ont cet avantage d’être un sujet tangible. Ici, tout le défi était de concevoir en tenant compte des spécificités, forces et faiblesses du matériau, en l’occurrence le bois.
Mes connaissances en matériaux m’ont permis non seulement de faire des choix, mais aussi de les justifier et de rassurer mes interlocuteurs, point essentiel dans toute démarche d’innovation. Elles ont également fait leurs preuves dans mon stage de fin d’études en tant que directeur de travaux, où l’on croise pléthore de matériaux, isolés ou en interaction ; les comprendre intimement renforce la pertinence de mon travail.
Dans les deux cas, mon cursus en matériaux me permet d’avoir un regard scientifique et critique sur les choix techniques, une rationalisation du champ des possibles – à l’image de la mécanique, qui bénéficie grandement des mathématiques. C’est en somme la plus belle illustration de la devise originelle de mon école : Operta Naturae Inveniunt Munera.
Léa Boscher (N22) – De l’orthèse à l’implant, chercheuse dans l’âme
À mon arrivée à l’école, je savais que je souhaitais poursuivre dans le domaine de la physique, sans avoir d’idée précise de la spécialité. Mon choix a mûri au cours de la première année : la science des matériaux m’a séduite par son approche interdisciplinaire, mobilisant des concepts fondamentaux de physique, de chimie et d’ingénierie tout en répondant à des enjeux industriels majeurs. En effet, le lien entre structure, procédés et propriétés des matériaux constitue un défi intellectuel stimulant, porteur d’un grand potentiel d’innovation. C’est ce positionnement à la frontière entre modèle théorique et applications concrètes qui m’a attirée vers le département matériaux.
Au-delà de l’intérêt scientifique que je lui porte, j’ai été sensible à la diversité des secteurs dans lesquels le développement des matériaux est une étape charnière : le nucléaire, la construction, les nouvelles technologies ou la santé.
La discipline est également riche par ses approches : méthodes expérimentales, techniques de caractérisation avancées, outils de modélisation. Cette transversalité ouvre de nombreuses perspectives, ce que je trouve particulièrement motivant.
Au fil de mes expériences, j’ai eu l’occasion d’explorer plusieurs secteurs, comme la construction lors d’un stage en bureau d’études, où les matériaux sont au cœur des enjeux de durabilité. Mon échange à l’université polytechnique de Madrid m’a ensuite offert une nouvelle approche de l’ingénierie biomédicale, domaine que j’avais déjà effleuré en deuxième année lors d’un projet de conception d’orthèse modulable. J’y ai suivi, entre autres, des cours de biomécanique et d’ingénierie neurosensorielle, où le choix des matériaux influe directement sur la qualité de vie des patients. Je trouve passionnant le défi scientifique que représente la conception de dispositifs médicaux à partir de matériaux et biomatériaux capables d’interagir avec le corps humain et de répondre à des exigences strictes de biocompatibilité et de performance.
Forte de ces expériences, je suis aujourd’hui convaincue de vouloir m’orienter vers la R&D en matériaux, idéalement dans le domaine des dispositifs médicaux. Étudier la science des matériaux m’offre ainsi une approche à la fois fondamentale et appliquée, ouvrant de grandes perspectives d’innovation sur des sujets à forts enjeux sociaux et environnementaux.