Quel est le rôle du gouverneur militaire de Paris, particulièrement dans le cadre des Jeux ?
La raison d’être du gouverneur militaire de Paris est la protection militaire de la place de Paris. Cela a toujours été vrai dans l’histoire troublée de notre pays ; cela l’est encore aujourd’hui avec le commandement de l’opération Sentinelle dédiée à la lutte contre le terrorisme, déclenchée par le président de la République en réponse aux attentats de janvier 2015. En complément de cette mission, je suis responsable de l’organisation à Paris des cérémonies commémoratives nationales, dont le traditionnel défilé du 14 Juillet, du soutien aux blessés et familles endeuillées en leur témoignant la solidarité de l’institution militaire et enfin de l’appui aux unités implantées en Île-de-France, en assurant la coordination entre les services du ministère des Armées.
Durant les JOP de Paris 2024, les militaires qui participeront au dispositif de sécurisation seront intégrés à cette opération Sentinelle adaptée et densifiée pour l’événement. En effet, entre 15 000 et 18 000 soldats seront déployés sur le territoire métropolitain et en Polynésie française, dont 10 000 pour la seule Île-de-France, placés sous ma responsabilité.
Quels sont les enjeux de sécurité spécifiquement liés au contexte parisien, par rapport aux éditions précédentes des JOP (Tokyo, Londres, etc.) ?
La sécurité sera un défi majeur, nécessitant, en appui des forces de police et de gendarmerie, la présence permanente des armées à proximité des sites olympiques, des bâtiments institutionnels, des lieux de tourismes et d’activités économiques. Nous devrons faire preuve d’une grande mobilité pour une efficacité maximale et une forte polyvalence face aux nombreuses menaces. Dans ce cadre, en qualité de conseiller militaire du préfet de police de Paris, j’entretiens avec lui un dialogue civilo-militaire nourri. La collaboration avec les forces de sécurité intérieure est essentielle, compte tenu du contrat opérationnel des armées françaises. Elles doivent en effet continuer à contribuer à la protection des intérêts français, sur le territoire national comme à l’étranger, et rester prêtes à la moindre éventualité. Si les dernières olympiades ont toutes été confrontées à de forts enjeux sécuritaires, la situation internationale actuelle nous impose de placer la barre encore plus haut.
Les menaces sont en effet multiples, qu’elles soient terrestres, aériennes ou fluviales. La principale demeure la menace terroriste qui pèse dans de nombreux champs et milieux. Présente depuis plusieurs années, elle peut se traduire par le passage à l’acte d’un individu isolé ou résulter d’une action plus structurée menée par un groupe d’assaillants. Une autre menace identifiée, et dont la France est régulièrement la cible ces derniers temps, est la cyberattaque pouvant affecter les sites d’épreuves ou encore les systèmes informatiques sur lesquels reposent l’organisation des JOP. Nous sommes également attentifs aux mouvements contestataires d’inspiration politique, économique et idéologique, dont les modes d’expression sont parfois violents.
Comment vos équipes sont-elles organisées ?
Afin d’être au plus proche des sites d’épreuves, l’état-major tactique que je vais commander va temporairement quitter Saint-Germain-en-Laye (78) pour s’implanter à l’École militaire, dans le 7e arrondissement. L’Île-de-France va accueillir près de 80 % des épreuves olympiques et paralympiques, il est donc indispensable pour les acteurs de la sécurisation d’être au cœur de la capitale. Cet état-major, activé plusieurs semaines avant le début des JOP, sera en charge de la conduite et de la coordination de l’ensemble des missions confiées aux armées, en lien étroit avec la préfecture de police de Paris et les structures opérationnelles du comité d’organisation des Jeux.
Pour prévenir la menace drone, des capacités de lutte anti-drones seront déployées autour des sites olympiques, partie prenante des dispositifs particuliers de sûreté aérienne activés par l’armée de l’Air et de l’Espace. Toujours en étroite collaboration avec les forces de sécurité intérieure, les armées seront également en charge de la sécurisation de la zone portuaire d’Ivry-Charenton où les embarcations seront préparées et inspectées en amont de la cérémonie d’ouverture sur la Seine le 26 juillet soir.
En complément du dispositif de sécurisation des JOP, nous déploierons un bataillon dédié à la montée des drapeaux lors des cérémonies de remises de médailles.
Quelles sont les principales difficultés rencontrées par vos équipes ?
Mon principal défi est celui de la logistique. En Île-de-France, il existe une quinzaine d’emprises militaires pouvant héberger des soldats. Cependant, afin de garantir une réactivité optimale des patrouilles, il était indispensable qu’elles soient stationnées à proximité des sites d’épreuves. C’est pourquoi j’ai décidé qu’un camp militaire, d’une capacité d’accueil de 4 500 personnes, soit implanté sur la pelouse de Reuilly. Situé dans le XIIe arrondissement de Paris, ce camp a débuté sa construction le 29 avril dernier et sera achevé le 3 juillet. Il sera baptisé “camp caporal Alain Mimoun” en hommage au parcours militaire et sportif exceptionnel de l’intéressé. Faire sortir de terre cette emprise en quelques semaines constitue une opération logistique inédite depuis la Seconde Guerre mondiale.
Le succès de la contribution des armées repose sur plusieurs facteurs primordiaux. Tout d’abord, une planification et une conduite coordonnées des opérations de sécurisation avec nos partenaires des autres ministères impliqués, au premier rang desquels le ministère de l’Intérieur et des Outre-mer responsable de l’ordre public sur le territoire national. Le professionnalisme et l’expérience, enfin, de nos militaires, habitués à se déployer dans des délais contraints pour des durées indéterminées, en s’appuyant sur un soutien de qualité délivré par les différentes directions et services du ministère des Armées.
Que vous a apporté votre formation à l’École des Mines de Nancy ?
Ma formation à l’École des Mines de Nancy constitue une parenthèse singulière de mon parcours professionnel. Rejoignant une promotion dont les élèves étaient en moyenne d’une dizaine d’années plus jeunes que moi, elle a constitué un vrai challenge et une forme de remise en question après une première partie de carrière dédiée au commandement au sein de régiments des forces terrestres, y compris en opérations extérieures.
Ma plus grande maturité et mon vécu militaire ont constitué un atout que je me suis efforcé de partager avec les élèves, mais aussi le corps professoral. Je conserve le souvenir d’un rôle de “grand frère” face à la spontanéité et l’insouciance d’élèves qui n’avaient, pour la grande majorité, pas encore connu d’expérience professionnelle. Ces futurs cadres à fort potentiel, dotés d’une belle agilité intellectuelle, m’ont obligé à beaucoup travailler pour rester à niveau, me sortant d’une sorte de zone de confort. Cela m’a été précieux pour la suite de mon parcours, en particulier dans des postes interministériels.
J’ajoute enfin que ma présence dans l’équipe de football de l’École a été un précieux facteur d’intégration et de connaissance mutuelle hors du contexte des études ! Cela fait le lien avec les JOP cet été qui sont une chance pour la France de démontrer son savoir-faire, et, pour nos concitoyens, de se rassembler autour des valeurs de Pierre de Courbertin : l’excellence, le respect et l’amitié.