Les Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de 2024 se dérouleront à Paris du 26 juillet au 10 août, période qui correspond au pic du cycle saisonnier des températures. Des dizaines de milliers de visiteurs du monde entier resteront en plein air pendant l’événement et seront exposés à un potentiel stress thermique. Les JOP de Tokyo (2021) ont été les plus chauds jamais enregistrés depuis 1952, avec une température moyenne dépassant celle de Paris en 2003. Cette vague de chaleur au Japon a eu un fort impact sur les athlètes et les bénévoles lors des compétitions en plein air1. Les précédents récents JOP ont été organisés à des périodes différentes de l’année et dans des hémisphères différents, mais les températures affichent une tendance globalement à la hausse.
L’attribution des événements extrêmes (Extreme Event Attribution, EEA2) est un domaine d’étude en statistique qui développe des concepts et des méthodes pour évaluer si et comment le changement climatique a modifié les probabilités d’événements extrêmes. Une étude3 publiée dans la revue Nature par des chercheurs de l’Institut Pierre-Simon Laplace (IPSL) a utilisé l’EEA pour étudier les pires scénarios de vagues de chaleur en Île-de-France à partir des données de simulations climatiques de la température issues de 14 modèles du CMIP64 pour la période 2001-2005. Leurs principaux résultats montrent que le record de 2003 pourrait être dépassé de plus de 4°C en Île-de-France avant 2050, avec une combinaison de conditions anticycloniques dominantes et de circulations atmosphériques favorisant le transport d’air chaud depuis l’Afrique du Nord. Les auteurs avertissent toutefois qu’aucun processus physique local n’est pris en compte dans ces simulations du fait de l’échelle spatiale des modèles du CMIP6. Des données d’humidité du sol ou de l’atmosphère à fine échelle pourraient être utilisées pour contraindre et ajuster ces simulations, et ainsi donner comme résultat la prévision de chaleurs aggravées si le taux d’humidité observé est élevé. Par conséquent, ces estimations sont possiblement des valeurs minimales basées principalement sur les propriétés de la dynamique atmosphérique à grande échelle.
Le RDP (Research Demonstration Project) Paris 2024 est une réponse aux enjeux décrits dans le rapport sur les services urbains intégrés hydrométéorologiques, climatiques et environnementaux, commandé par l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Son objectif stratégique est de s’appuyer sur les JOP de Paris en 2024 pour faire progresser la recherche météorologique sur le thème des “futurs systèmes de prévision météorologique à une résolution de 100 mètres (ou plus fine) pour les zones urbaines”5. Ces systèmes préfigureront la prévision numérique du temps à l’horizon 2030. Plus concrètement, il s’agit de faire progresser la recherche en météorologie urbaine avec un premier démonstrateur déployé pour les JOP de Paris. Cet outil permettra de produire des prévisions météorologiques pertinentes pour la gestion de crises météorologiques et la prise de mesures d’adaptation.
Le projet aborde cinq thèmes de recherche :
- Obtenir des prévisions pertinentes à une résolution de 100m à partir des techniques actuelles de modélisation.
- Prévoir les orages, les îlots de chaleur, les zones fraîches et la qualité de l’air dans les villes.
- Prévoir les brises de mer en milieu urbain côtier, particulièrement pour les sites olympiques de Marseille.
- Exploiter de grands jeux de données non conventionnelles (stations météorologiques du grand public, smartphones, production participative des données…).
- Délivrer la bonne information aux services compétents (prévoir une valeur ou créer des indices de confort thermique).
Pas moins de 14 partenaires internationaux (agences nationales de météorologie et laboratoires d’universités) travaillent depuis 2021 sur la modélisation à échelle kilométrique. Météo-France a mis à disposition des partenaires ses données incluant les radiosondages effectués deux fois par jour à l’observatoire de Trappes (Yvelines), les données de radar de détection de précipitation depuis Trappes et l’aéroport Charles de Gaulle ainsi que celles des 20 stations météorologiques de l’Île-de-France, dont 5 en intra-muros et une au sommet de la tour Eiffel. L’IPSL ouvre les données de l’observatoire atmosphériques du SIRTA6, situé sur le campus de l’École Polytechnique à Palaiseau. Parmi les 150 instruments offrant des mesures continues depuis plus de 20 ans, les données du SIRTA les plus utilisées sont celles de “profileurs” : il s’agit de mesures des variables météorologiques fondamentales (température, humidité, pression, vitesse du vent) prises à plusieurs altitudes entre la surface et 50 mètres de hauteur. Enfin, des données dites “non conventionnelles” ont été utilisées. Il s’agit des données mesurées par les particuliers possédant des stations météorologiques communicantes, vendues au grand public par l’entreprise Netatmo, dont le réseau francilien comprend plus de 10 000 stations.
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