Ludivine Munos
Parasportifs et sportifs, notre chemin pour franchir ensemble la ligne d'arrivée
Par Didier Perrin (P85),
Ancien rédacteur en chef
Elle est l’une des athlètes françaises les plus décorées. Ludivine Munos a fait de l’intégration paralympique son combat en rejoignant le Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Rencontre avec la marraine de la promotion des Mines de Paris 2023, qui pilote les progrès en matière de visibilité des Jeux paralympiques et d’accessibilité.
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Ancienne athlète paralympique de haut niveau et marraine de la promotion des Mines de Paris 2023, Ludivine Munos a découvert la para natation quand elle avait 10 ans, remportant au cours de sa carrière sportive 6 titres de championne du monde, 22 titres de championne d’Europe et 12 médailles aux Jeux paralympiques dont 3 médailles d’or. En parallèle de sa carrière sportive, elle a obtenu un Master 1 de droit des affaires puis a fait une année de Master 2 à l’Institut d’administration des entreprises (IAE) d’Aix-en-Provence. À la sortie de ces études, Ludivine Munos a pris une année sabbatique pour se dédier à la natation afin de préparer les Jeux d’Athènes 2004. À la fin des Jeux, elle rejoint EDF chez qui elle évoluera pendant 15 ans, avant de quitter l’entreprise “sur un grain de folie” pour intégrer l’équipe du Comité d’Organisation des Jeux olympiques et paralympiques (COJOP) de Paris 2024 en tant que responsable de l’intégration paralympique. Elle est en charge de la visibilité des spécificités des Jeux paralympiques et de l’accessibilité.

Pourquoi avez-vous été choisie comme marraine de promotion pour les P23 ?

 

Le Bureau des Élèves des Mines m’a contactée à double titre. D’abord pour mon parcours d’ancienne athlète paralympique de haut niveau qui incarne la notion de défi et la volonté de se donner un objectif ainsi que les moyens d’y parvenir. Un parallèle peut être fait avec vos choix d’études et votre volonté de rentrer dans un cursus précis afin d’en sortir diplômé avec un projet à la clef. Le BDE avait aussi envie pour cette année des Jeux Paris 2024 de s’ouvrir à quelqu’un qui pouvait porter les valeurs olympiques, et surtout les valeurs d’inclusion que l’on retrouve dans les Jeux paralympiques.

 

Quels sont les éléments à prendre en compte pour garantir l’accessibilité des Jeux paralympiques ?

 

L’accessibilité n’est pas que pour les Jeux paralympiques. Il y a beaucoup plus de spectateurs en fauteuil roulant aux JO qu’aux Jeux paralympiques. Pour les Jeux paralympiques, il y a aussi la partie zone athlète qui est très importante. Et dans les deux projets, il y a du staff en situation d’handicap, que ce soit chez OBS (Olympic Broadcasting Services) ou les médias par exemple.

 

Quels efforts ont été réalisés pour améliorer la visibilité des Jeux paralympiques, notamment avec OBS (Olympic Broadcasting Services) ?

 

OBS est un producteur d’images, et ce n’est pas lui mais le diffuseur qui décide de la programmation des heures de diffusion des Jeux paralympiques. Le modèle olympique est différent du paralympique sur la partie financement. La relation avec OBS sur les Jeux paralympiques s’apparente à un prestataire. Ainsi, c’est le Comité international paralympique (IPC) et le COJOP qui se chargent de vendre les droits de diffusion auprès des différents pays.
En France, c’est France Télévisions qui a acheté les droits olympiques, et un an après les droits paralympiques. Mais il y a des pays où les droits olympiques et paralympiques ont été achetés par deux diffuseurs différents. Quand nous choisissons un diffuseur, au-delà du prix qu’il va payer et qui compte beaucoup, le nombre d’heures et les programmes qu’il propose vont également être pris en compte. Cette négociation complexe se fait avec chacun des diffuseurs qui a déposé sa candidature dans chacun des pays. France Télévisions a répondu à un appel d’offres où ils ont valorisé les créneaux horaires des finales sur France 2 ou France 3, et non pas sur des chaînes moins visionnées. Le groupe nous garantit 300 heures de direct. De cette manière, on améliore la visibilité des Jeux paralympiques.

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Nageuse paralympique, Ludivine Munos compte 12 médailles aux Jeux paralympiques, dont 3 en or.

Quels autres axes avez-vous développés ?

 

Un dossier très important mené en ce moment avec l’État est la reconnaissance des Jeux paralympiques comme “événement de grande ampleur”, au même titre que les Jeux olympiques. Les diffuseurs ont pour obligation d’utiliser une chaîne en clair pour les événements de grande ampleur, mais comme les Jeux paralympiques ne sont pas encore dans cette liste, si demain un diffuseur comme Canal+ achète les droits de diffusion des Jeux paralympiques pour 2032, il pourra les diffuser cryptés. Le dossier justifiant que les Jeux paralympiques doivent être reconnus comme un événement de grande ampleur est en cours d’instruction par l’État et au Conseil de l’Europe.

Un autre enjeu majeur est la formation des consultants et journalistes. Nous sommes en train de monter une formation à ce sujet. Cela permettra de limiter les erreurs concernant les records du monde ! Le plus gros travail a été de créer les premiers documents, par exemple pour la semaine olympique et paralympique qui a lieu toutes les années dans les écoles. Les contenus proposés par les prestataires d’événementiel présentaient pour la plupart des erreurs sur le sujet paralympique. Pour la journée paralympique 2022, je pense avoir corrigé 10 fois le record du monde de Markus Rehm [champion paralympique du saut en longueur en 2012 et 2016] ! Pourtant, le site de la fédération internationale fournit les bons chiffres, mais encore faut-il connaître la fédération internationale de para athlétisme. Nous cherchons à donner des outils à tous ces journalistes pour qu’ils puissent trouver et diffuser les bonnes données.

 

Quels aspects de l’intégration paralympique ont le plus progressé ces dernières années, et quels sont ceux qui pèchent encore le plus ?

 

Ce qui a beaucoup progressé, c’est la qualité de service qu’on offre aux athlètes. J’ai été émerveillée de voir les Jeux de Tokyo 2020. Quand je suis allée visiter le village, les infrastructures étaient de grande qualité, c’était exactement comme pour les athlètes olympiques. Cela m’a fait du bien, parce que ce n’était pas le cas pour nous aux éditions précédentes… En ce qui concerne la qualité de service offert aux athlètes, il n’y a plus de discussions : tout ce qui est fait pour l’athlète olympique l’est également pour l’athlète paralympique.

Mais ce qui manque aujourd’hui, c’est la notoriété de nos athlètes paralympiques pour qu’ils gagnent en autonomie et puissent être professionnels. La non-connaissance du contenu des Jeux paralympiques est partout dans le monde. Quand une personne pense à la boccia [sport s’apparentant à la pétanque, joué avec des balles en cuir], il faudrait qu’elle puisse s’imaginer le numéro Un anglais, David Smith, qui apparaît avec sa crête colorée, reconnaissable notamment dans la campagne publicitaire “Superhumans” de Channel 4. On mesure ce manque de notoriété dans les achats de billets. Quand la billetterie paralympique a ouvert, il y a eu beaucoup de ventes au début. D’après les chiffres qu’on a communiqués en décembre, 830 000 billets paralympiques avaient été vendus… et il en restait 2 millions à vendre. De plus, ce manque de notoriété pénalise les athlètes. Aujourd’hui, l’athlète qui est médaillé d’or paralympique devient un petit peu connu et arrive à trouver des sponsors. S’il était “juste” champion du monde ou champion d’Europe auparavant, il avait du mal à vivre de son sport.

 

Des mesures sont-elles mises en place par le gouvernement français et la mairie de Paris pour vous aider à améliorer l’intégration paralympique ?

 

J’ai un point hebdomadaire sur ce sujet-là avec la ville de Paris, le CPSF (Comité Paralympique et Sportif Français) et la direction interministérielle aux Jeux olympiques et paralympiques. Oui effectivement, tous essayent de donner de la visibilité. Aujourd’hui, nous travaillons par exemple avec les ministères sur une campagne de communication pour promouvoir les Jeux paralympiques. Elle va bientôt arriver dans les métros parisiens, TER…

L’objectif de tous les acteurs est de remplir les stades, et il reste encore du temps pour cela aujourd’hui. Cela passera par d’importantes actions communes durant les Jeux, et entre les JO et JP. Deux journées paralympiques pour Paris 2024, c’est déjà mieux que l’unique de Londres 2012, et elles ont permis de soutenir la billetterie pour le lancement, c’était super. Mais on ne pourra pas recommencer beaucoup événements comme celui-là pour vendre les 2 millions de billets restants ! Il va donc nous falloir des actions un peu plus fortes et communes d’ici fin août.

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En parlant de fin août, pensez-vous être dans les temps ? Comment le sentez-vous ?

 

Comme tout le monde, on a beaucoup de travail ! Il y a encore beaucoup d’étapes à franchir, mais on avance. Il n’y a pas de retard. Par exemple, l’Arena Porte de la Chapelle a été livré courant février pour l’un des tests en compétition de badminton qui s’est tenu début mars, alors que les Jeux seront durant l’été ! Le village des athlètes a été livré le 29 février. Il n’y a rien de stressant. On sait qu’il reste des défis à relever, mais il n’y a aucune alerte.

 

Au sein du COJOP, avec quels interlocuteurs travaillez-vous pour faire avancer les choses ?

 

Beaucoup d’interlocuteurs très différents ! Je suis plutôt là pour coordonner les gens, leur présenter les spécificités des Jeux paralympiques, et après ils peuvent prendre le relais. Un exemple concret : la mairie du 15e arrondissement de Paris nous a sollicités, car elle va organiser une séance de questions-réponses sur les Jeux paralympiques au grand public.

Dès que les gens sont intéressés par le fait de comprendre ou promouvoir les Jeux paralympiques, j’essaie de me rendre disponible. Cela va passer très concrètement par les collectivités, notamment les villes qui accueillent des épreuves. Cela peut aussi passer par les Écoles ou par les temps de travail avec le CPSF. Nous avons déjà mis en place un module de formation sur la connaissance des Jeux paralympiques qui est disponible et ouvert au public. Je suis également sollicitée pour accompagner des sujets innovants, tels que le projet TED-i [un système robotisé
de téléprésence destiné à améliorer l’accompagnement pédagogique et la socialisation des élèves empêchés par des maladies graves et de longue durée] qui est accompagné par le cabinet d’Emmanuel Macron.

Je travaille également avec les directeurs de Paris 2024, par exemple dans la préparation des présentations de Paris 2024 pour la rencontre entre Atout France, et Étienne Thobois, le CEO de Paris 2024 à Londres.

 

Tous les efforts réalisés pour l’intégration paralympique de Paris 2024 vont-ils continuer sur leur lancée pour les compétitions sportives qui vont suivre après les Jeux ?

 

C’est notre plus gros défi. Nous avons ancré dans le programme scolaire la semaine olympique et paralympique qui doit rester en héritage après Paris 2024. À l’École, dans les programmes, tu vas parler de la sexualité, du racisme, de beaucoup de choses, mais tu ne vas pas parler de handicap. Les professeurs ont saisi l’occasion de la semaine olympique et paralympique pour parler de para sport, mais aussi de handicap.

Nous avons également un deuxième programme : la journée paralympique. Elle fait partie des programmes héritage après les Jeux paralympiques pour promouvoir la visibilité des parasports, et bien sûr pour pratiquer ensemble. C’est un premier élan.

De plus, une excellente mesure a été mise en place par la ministre des Sports. À chaque fois qu’une fédération ou qu’un club va demander une subvention de l’ANS (Agence Nationale du Sport) pour un grand événement sportif, l’État a imposé l’accessibilité de la compétition et la mise en place d’une démonstration d’un para sport pour recevoir l’aide. Ce sont des choses que nous laissons concrètement en héritage.

Et puis dernier sujet, nous sommes en train de faire évoluer la norme ISO 20121 [norme internationale pour les systèmes de management responsable appliqués à l’activité événementielle] qui a été créée par Londres en 2012. Nous sommes en plein processus de révision de la norme avec les Anglais, et nous y rajoutons l’accessibilité, qui avait été suggérée mais pas assez détaillée.

Voilà un peu les 4 grands chantiers. Nous espérons qu’au-delà de tout cela, la politique sportive restera autant sportive que para sportive. Il y a le risque d’avoir ensuite un déclin de l’intérêt sportif post-Jeux. Mais je vois dans les JOP d’hiver 2030 en France l’occasion de créer également une dynamique pour les sports et parasports d’hiver.

Quelques chiffres

 

22 sports paralympiques pendant 11 jours de compétition

549 épreuves paralympiques

4 400 athlètes paralympiques de 184 délégations

300 heures de direct ont été proposées par France Télévisions pendant les Jeux paralympiques

Didier Perrin
Didier Perrin (P85)
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