Des émissions de l’industrie très concentrées
Les émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’industrie se caractérisent par une forte concentration :
- Sectorielle : 11 secteurs dits énergo-intensifs, concentrent environ 70% des émissions de GES de l’industrie ;
- Site : 50 sites concentrent la moitié des émissions de GES de l’industrie¹ ;
- Territoriale : 10 à 15 zones industrielles concentrent environ 3/4 des émissions de GES de l’industrie.
Leur origine est à près de 60% due à la combustion des fossiles; le reste étant lié aux procédés.
La baisse de 54% des émissions de l’industrie constatée sur la période 1990-2023 (de 145Mt à 65 Mt de CO2) est liée à des évolutions de réglementation (usage du N20 notamment), à la décarbonation du mix énergétique ainsi qu’à la désindustrialisation de la France jusque dans les années 2010². L’objectif fixé par la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) est de réduire d’au moins 81% les émissions brutes de GES d’ici 2050 par rapport à 2015, avec un objectif à 2030 à 40% (cet objectif pourrait être revu à la hausse, passer à 50% dans le cadre de la révision en cours de la SNBC).
Le cap est fixé, il reste à construire, à une échelle individuelle et collective, les trajectoires possibles pour l’atteindre et à se lancer sans attendre dans des projets de décarbonation.
Éclairer les trajectoires de décarbonation, un impératif
Dans son travail prospectif Transition(s) 2050³, l’ADEME a esquissé quatre scénarios « types » pour atteindre la neutralité carbone en 2050, qui empruntent des voies économiques et techniques contrastées et s’inscrivent dans des évolutions différentes pour la société :
- Le scénario 1 – « Génération frugale », où la transition est conduite principalement par la contrainte et la sobriété ; il en découle une production industrielle contractée et un marché réorienté vers le « made in France ».
- Le scénario 2 – « Coopérations territoriales », où la société se transforme dans un cadre de gouvernance partagée (organisations non gouvernementales, institutions publiques, secteur privé et société civile trouvent des voies de coopération pragmatiques qui permettent, en outre, de maintenir la cohésion sociale); des chaînes de valeur sont réindustrialisées et spécialisées par région sous l’impulsion des pouvoirs publics.
- Le scénario 3 – « Technologies vertes », où l’innovation est mise au service de systèmes énergétiques décarbonés ; une poursuite des tendances haussières de consommation est permise par la décarbonation du mix énergétique.
- Le scénario 4 – « Pari réparateur », où la société place sa confiance dans la capacité à réparer les systèmes sociaux et écologiques ; la décarbonation de l’industrie est focalisée sur le captage et le stockage géologique de CO2, dans un univers où consommation et mondialisation s’intensifient.
Les 4 scénarios comportent des paris humains (surtout le scénario 1 avec des changements de modes de vie conduits en partie sous la contrainte notamment réglementaire) et technologiques (surtout le scénario 4 reposant sur la mise en œuvre de technologies aujourd’hui non matures et coûteuses) plus ou moins forts qui font ressortir les scénarios 2 et 3 comme les plus équilibrés et réalisables.
En parallèle, dans le cadre du projet européen Finance ClimAct, l’ADEME a piloté la réalisation de Plans de Transitions Sectoriels (PTS)⁴ en concertation avec les acteurs des 9 filières industrielles les plus consommatrices d’énergie (sucre, ciment, acier, aluminium, éthylène, chlore, ammoniac, verre, papier-carton). Pour chaque secteur, différents univers contrastés ont été produits, croisant déploiement des technologies de décarbonation, coûts induits (notamment pour anticiper les besoins en financement et les effets sur la compétitivité) et les évolutions possibles de la demande et de la concurrence à horizon 2050. Ils permettent de partager une vision à moyen et long terme des enjeux et des besoins d’investissements de chaque filière, et d’identifier les conditions de réalisation de cette décarbonation. Ils sont à la fois un outil d’aide à la décision pour les industriels et les pouvoirs publics, et de dialogue avec les investisseurs. Ce travail a également permis d’élaborer une méthode générique à déployer sur d’autres secteurs⁵, en cours de normalisation au niveau européen.
Les leviers de décarbonation et leur niveau d’activation diffèrent selon les univers. Par exemple pour le secteur du ciment, l’univers « sobriété low tech » met l’accent sur la sobriété (avec l’hypothèse d’un marché restreint lié notamment à la mise en place d’un cadre réglementaire limitant la construction neuve pour répondre à l’objectif de zéro artificialisation nette de sols) alors qu’à l’inverse, l’univers « techno push » parie davantage sur le captage et le stockage du CO2 pour se décarboner (voir Figure 1).
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