Votre assureur est-il assuré ?
Par Nicolas Winter (E05),
PDG de PWA Assurances
La réassurance, mécanisme méconnu du grand public, constitue pourtant l’un des piliers de notre économie moderne. Face à l’intensification des catastrophes naturelles et à l’émergence de nouveaux risques mondiaux, ce système de mutualisation planétaire révèle son rôle crucial : la réassurance comme vecteur de transfert de risque systémique.

Bien que souvent décrié, le secteur de l’assurance demeure un univers méconnu avec des enjeux complexes et diversifiés où les ingénieurs, actuaires, et data scientists ont de nombreuses opportunités de contribuer à la maîtrise de la matière première du secteur : le risque. 

 

Que couvrent les assureurs ?

 

L’assurance joue un rôle clé dans l’économie, permettant aux acteurs publics et privés de se protéger financièrement, de réduire ou d’atténuer les risques, de stabiliser les marchés, d’investir ou d’aider les citoyens à épargner pour leur retraite ou leur avenir. Regardons d’un peu plus près ce qu’est l’assurance. Nous distinguons communément deux grandes familles de portefeuilles :

  • Les risques “vie” qui couvrent les aléas liés à la vie humaine (retraite, invalidité ou décès), qui sont souvent des risques à long terme qui peuvent inclure une composante d’épargne ou d’investissement. Les prestations versées sont des capitaux ou des rentes à échéances convenues.
  • Les risques “non-vie” qui couvrent les aléas liés aux biens (assurance auto, habitation, industrielle), aux responsabilités civiles ou à la santé. Les contrats sont en général convenus à court terme (1 an renouvelable) et les indemnisations vont permettre de couvrir des frais ou des remboursements de sinistres (vols, incendie, etc.).

 

Principes généraux

 

Les assureurs mutualisent l’impact financier d’un évènement qui pourrait s’avérer désastreux pour un seul assuré. Il faut pour cela réunir des conditions d’assurabilité notamment :

  • Un groupe suffisamment important pour créer de la mutualisation
  • Des données disponibles pour calculer le coût du risque
  • Des cotisations abordables pour les clients
  • Un scénario de perte maximale acceptable pour l’assureur 
  • Limiter l’antisélection (seulement les profils les plus risqués souscrivent) car le risque doit rester aléatoire

 

Modèle économique de l’assurance

 

Dans le rapport annuel d’un assureur, vous ne retrouverez pas les indicateurs habituels de rentabilité tels que les marges d’exploitations ou les EBITDA. Les assureurs ont un modèle économique à deux vitesses : 

  • La marge opérationnelle, souvent appelée ratio combiné, qui correspond au résultat de la souscription des risques : il s’agit du ratio entre les sinistres payés plus les frais de fonctionnement (gestion, distribution, etc.) et les primes encaissées. 
  • Le résultat financier qui provient de la fructification des capitaux placés.

Ainsi, l’augmentation des primes souscrites par l’assureur permet de maximiser le montant des capitaux qu’il pourra faire fructifier, mais il doit garder sous contrôle son résultat de souscription. Ce dernier est rapidement sous pression en cas de sous-tarification ou d’augmentation des risques pendant la période du contrat. Le marché français de la complémentaire santé, qui fait débat dans la presse en ce début 2026, présente les résultats de souscription suivants en 2024 : les contrats de santé individuelle présentent un ratio combiné de 95 % (votre assureur gagne 5 euros quand vous versez 100 euros de prime) et les contrats de santé collective présentent un ratio de 101,8 % (l’assureur de votre entreprise perd 1,8 € quand votre employeur verse 100 euros de prime)1

 

Un assureur est-il assuré ?

 

Revenons à notre question initiale : votre assureur est-il lui-même assuré ? La réponse est bien entendu positive, et le principal mécanisme d’assurance entre assureurs est appelé la réassurance. Un assureur peut mettre en place deux types de protection :

  • Un “traité” de réassurance protège l’ensemble d’un portefeuille sans distinction des risques individuels couverts. L’assureur cède systématiquement une partie de ses risques à un réassureur, selon des règles prédéfinies (pourcentage, plafond, type de risque).

Par exemple, un assureur cède 10 % des cotisations de son portefeuille automobile et en retour 10 % des sinistres automobiles sont protégés par le réassureur.

  • Une réassurance “facultative” permet au cas par cas à l’assureur de proposer un transfert de risque à des réassureurs pour une négociation individuelle. Il peut s’agir de risques exceptionnels, comme des grands projets de construction ou des complexes industriels présentant des risques pouvant avoir un impact élevé sur les capitaux des assureurs en cas de sinistre catastrophique (une raffinerie, des usines de semi-conducteurs, des mines, etc.).
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