Ma thèse en une page
spécial “Prix Pierre Laffitte”
Par Sylvain Cros (P04 Doct),
Membre du Comité de rédaction
Depuis neuf ans, le Prix Pierre Laffitte récompense l’audace et la créativité de jeunes chercheurs en milieu de thèse. Fidèle à la vision de son inspirateur, il distingue des doctorants de l’écosystème sophipolitain qui incarnent déjà l’ambition d’unir science, industrie et société. Voici les trois lauréats de l’édition 2025.

VINCENT LANNELONGUE (P19) – 1er Prix Pierre Laffitte 2025

Décision en temps réel pour le traitement personnalisé d’anévrismes cérébraux avec graph neural networks et mécanique numérique

Centre de recherche : Centre de mise en forme des matériaux (CEMEF), Mines Paris – PSL

Soutenance prévue : Décembre 2026

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Vincent Lannelongue (P19) - 1er Prix Pierre Laffitte 2025

Pourquoi as-tu choisi de mener cette thèse ? 

J’ai démarré cette thèse au CEMEF en janvier 2024, mais je travaille sur les anévrismes cérébraux depuis 2021. J’ai découvert ce sujet lors d’un trimestre de recherche au CEMEF pendant mon cursus d’ingénieur à Mines Paris – PSL. La bourse ERC (European Research Council) obtenue par mon directeur de thèse Elie Hachem en 2023 (projet CURE) m’a permis d’y revenir et de collaborer avec les médecins de l’hôpital de Nice pour approfondir ces recherches.

 

À quels besoins répond ton travail de recherche ?

Lorsqu’un anévrisme cérébral (déformation d’une artère cérébrale) est diagnostiqué, l’imagerie médicale ne révèle que sa géométrie. Or, sa rupture dépend fortement de l’écoulement sanguin dans l’artère. Comment alors choisir le traitement adapté sans information sur la cause de cette rupture ?

 

Quels verrous scientifiques cherches-tu à lever ?

Il est aujourd’hui possible de simuler l’écoulement sanguin dans un anévrisme par des modèles de physique numérique. Mais ces simulations, très fidèles à la réalité, demandent une expertise et une capacité de calcul incompatibles avec la routine hospitalière. Les médecins ont besoin d’une méthode plus rapide et agile que ces simulations, qui restent un outil de recherche très puissant. Mes travaux tentent de développer et d’entraîner des modèles d’IA pour remplacer ces simulations numériques.

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Simulation du sang à l’intérieur d’un anévrisme cérébral.

Quelles compétences mobilises-tu ?

Avec l’équipe de l’ERC Cure, je développe des modèles basés sur les récents Graph Neural Networks. Entraînés sur des simulations d’écoulement sanguin dans des artères de patients, ils reproduisent le comportement du sang bien plus rapidement que les méthodes traditionnelles. Je conçois une architecture adaptée aux anévrismes cérébraux pour obtenir un outil de prédiction réaliste, robuste et rapide. Ces travaux mobilisent data science, mécanique des fluides et physique numérique.

 

Quoi de prévu après la thèse ?

Me reposer et voyager pour faire une pause après ces 3 années intenses, et prendre un peu de recul ! J’espère ensuite revenir au monde de la médecine digitale, par la recherche ou l’industrie.

 

Des conseils pour les camarades ?

Chaque thèse est différente, ce qui m’a permis d’avancer et de rester engagé dans ma thèse depuis 2 ans est que le sujet me motive ! Même s’il évolue évidemment au cours d’une thèse, je trouve qu’il est important d’être inspiré par ce que l’on cherche à accomplir par son travail.

RAFAEL SILVA – 2e Prix Pierre Laffitte 2025

IA frugale pour la défibrillation cardiaque automatisée en temps réel et avec ressources limitées

Centre de recherche : Centre Inria d’Université Côte d’Azur, Équipe Epione

Soutenance prévue : novembre 2026

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Pourquoi as-tu choisi de mener cette thèse ?

Je suis venu de Lisbonne pour faire une thèse en IA appliquée à la santé cardiaque. Le projet proposé par mon encadrant, Maxime Sermesant, correspondait parfaitement à ce que je cherchais : je pouvais approfondir mes compétences en IA et aussi mieux comprendre les enjeux liés aux arythmies. En même temps, j’ai toujours cherché à collaborer avec des entreprises pour orienter mes travaux de recherche, et Maxime m’a donné cette opportunité !

 

À quels besoins répond ton travail de recherche ?

Le projet le plus important de ma thèse vise à rendre la défibrillation plus accessible et plus intelligente. En collaboration avec la start-up Inn’Pulse et l’Institut 3IA Côte d’Azur, je développe des modèles d’IA “frugaux”, c’est-à-dire compacts, rapides et économes en énergie, sans compromettre leur performance. Aussi, grâce au soutien de Caroline Stehlé, ingénieure 3IA Techpool, nous avons réussi à déployer des modèles capables d’analyser les signaux cardiaques en temps réel sur de petits microcontrôleurs, avec une précision élevée et une faible consommation d’énergie.

 

Quels verrous scientifiques cherches-tu à lever ?

Je cherche principalement à optimiser la taille des modèles d’IA tout en gardant leur capacité de détection d’un arrêt cardiaque. Chaque signal cardiaque est unique, ce qui demande une certaine robustesse et capacité de généralisation de l’algorithme. Je travaille aussi sur l’explicabilité pour mieux comprendre les prédictions du modèle, essentiel dans le domaine médical. Et enfin, comme preuve d’opération, le déploiement embarqué de ces modèles, ce qui impose de contraintes de latence et de conformité avec les normes internationales.

Quelles compétences mobilises-tu ?

Mon travail rassemble l’analyse des signaux d’électrocardiogramme (ECG), l’entraînement de modèles de Deep Learning et leur optimisation pour un usage médical. C’est très important dans ce domaine de réaliser une évaluation rigoureuse des modèles afin d’assurer leur stabilité et performance en conditions réelles.

 

Quoi de prévu après la thèse ?

Je souhaite continuer à travailler dans le domaine de la santé cardiaque, idéalement à l’interface entre la recherche et l’innovation. Mon ambition est de mener des projets qui transforment la recherche en solutions concrètes et accessibles pour les patients.

 

Des conseils pour les camarades ?

Je dirais qu’il faut toujours garder la vision globale de la thèse en tête, même lorsqu’on travaille sur de petites tâches, car la recherche avance grâce à des petites contributions. Trois ans peuvent sembler courts pour tout accomplir, mais l’essentiel reste la qualité des résultats scientifiques. Prenez le temps de bien comprendre, d’approfondir et de produire un travail qui aura un impact pour la communauté. Enfin, profitez de la thèse pour développer aussi des compétences utiles pour la suite : savoir communiquer, apprendre de nouveaux outils, gérer un projet ou collaborer efficacement. Ces compétences sont cruciales quel que soit le chemin que l’on choisit après.

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Un défibrillateur miniaturisé. Des électrodes placées sur le patient détectent l’activité électrique du cœur (ECG) et l’algorithme prend la décision de choc.

AMAR MEDDAHI – 3e Prix Pierre Laffitte 2025

Fusion de données pour la caractérisation géométrique des nuages en temps réel et ses applications à l’éclairement solaire

Centre de recherche : Centre Observation, Impacts, Énergies (OIE), Mines Paris – PSL

Soutenance prévue : décembre 2026

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Pourquoi as-tu choisi de mener cette thèse ?

Mon choix s’est fait à l’issue de mon stage de fin d’études à TotalEnergies sur un sujet proche. Les résultats encourageants obtenus ont révélé de nombreuses limites scientifiques et méthodologiques qui méritaient d’être explorées en profondeur. Le cadre CIFRE offrait l’opportunité idéale : travailler sur des problématiques concrètes liées au photovoltaïque chez TotalEnergies tout en bénéficiant d’un encadrement scientifique de haut niveau au centre O.I.E. de Mines Paris- PSL. Cette double dimension industrielle et académique correspondait bien à mon souhait pour mon projet doctoral.

 

À quels besoins répond ton travail de recherche ?

La production photovoltaïque dépend fortement de l’éclairement solaire au sol, lui-même très sensible à la présence et à la dynamique des nuages, qui induisent des variations rapides et localisées, difficiles à anticiper. Pour un acteur comme TotalEnergies, mieux caractériser et prévoir cette variabilité à court terme (quelques heures) constitue un enjeu opérationnel important – non pris en compte par les modèles météorologiques classiques – afin d’améliorer la fiabilité des prévisions de production, d’optimiser le pilotage des moyens de stockage et de flexibilité, et d’appuyer des décisions plus cohérentes sur les marchés de l’électricité. Mon travail vise à développer des méthodes plus précises et physiquement consistantes pour répondre à ces besoins.

 

Quels verrous scientifiques cherches-tu à lever ?

Le défi central est la caractérisation en temps réel de la géométrie des nuages à fine résolution spatiale et temporelle, qui conditionne directement l’éclairement au sol. Les observations disponibles (images satellitaires et caméras au sol) sont partielles, hétérogènes et indirectes. Mon travail consiste à développer des méthodes de fusion de ces sources d’information afin de reconstruire la structure tridimensionnelle des nuages et de quantifier leur impact radiatif.

Quelles compétences mobilises-tu ?

Je mobilise des compétences à l’interface entre science des données et sciences de l’atmosphère, appuyées par une compréhension des processus atmosphériques, de la radiométrie et des systèmes photovoltaïques. Une attention particulière est portée à l’acquisition des données, aux limites instrumentales, ainsi qu’à la communication scientifique et à la gestion de projet.

 

Quoi de prévu après la thèse ?

Je souhaite poursuivre des travaux portant sur l’étude de l’atmosphère et de la météorologie à partir d’observations de la Terre, en particulier via les satellites et les capteurs au sol, en mettant l’accent sur la fusion de données et l’intégration de contraintes physiques dans les méthodes d’apprentissage. Je souhaite acquérir une expérience à l’étranger, idéalement en Europe, au sein d’un centre météorologique ou d’une institution impliquée dans les programmes satellitaires ou spatiaux, afin de rester à l’interface entre recherche, données et applications concrètes.

 

Des conseils pour les camarades ?

Je recommande la lecture de The Art of Doing Science and Engineering: Learning to Learn de Richard Hamming. Ce livre m’a aidé à mieux comprendre ce qu’implique réellement un travail de recherche, à distinguer recherche et ingénierie, et à structurer mes choix scientifiques sur le long terme.

 

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© BlueMont Film – TotalEnergies. Centrale solaire de La Feuillane ( Bouches-du-Rhône).

ANTONIN HIPPOLYTE (E20 et DOCT. E)

Modélisation thermomécanique d’un four de conversion d’une charge granulaire soumise à une réaction solide-gaz

Centre de recherche : SPIN (Sciences des Processus Industriels et Naturels), Mines Saint-Étienne 

Soutenance prévue en novembre 2026

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Pourquoi as-tu choisi de mener cette thèse ?

À la fin de mon cursus d’ingénieur, j’ai beaucoup hésité entre chercher un poste d’ingénieur immédiatement ou poursuivre en thèse. Il y a beaucoup d’arguments et de contre-arguments, mais ce qui a achevé de me convaincre c’est lorsque des anciens m’ont expliqué à quel point il était difficile de commencer une thèse plus tard. J’ai donc saisi cette opportunité comme une aventure de recherche de trois ans où je me passionne sur un sujet scientifique avec des libertés et des opportunités qui sont bien plus rares dans l’industrie.

 

À quels besoins répond ton travail de recherche ? 

Ma thèse se déroule dans le cadre des réacteurs à sels fondus de génération IV. Pour mettre en place la filière, Orano doit entre autres synthétiser des sels de combustible radioactif dans un four industriel. Le moindre essai avec ces matières premières est extrêmement coûteux. Pour contourner ce problème, mon rôle est de simuler sur ordinateur ce procédé pour identifier les paramètres optimaux en amont des expérimentations.

 

Quels verrous scientifiques cherches-tu à lever ?

Les principales difficultés de ce genre de simulation sont les interactions entre les différentes physiques (mécanique des grains, mécanique des fluides, transferts thermiques et chimiques), mais surtout l’échelle de taille. La méthode DEM (Discrete Element Method) permet de simuler au maximum dix millions de particules alors que le procédé fait réagir une poudre qui en contient des dizaines de milliards. Il est impossible de simuler le procédé complet, mon rôle est donc de chercher des méthodes de simplification tout en restant le plus précis possible.

Quelles compétences mobilises-tu ?

Même si elle se concentre sur un sujet, une thèse est très multidisciplinaire. J’explore tous les champs de la physique évoqués précédemment, les thématiques très larges du génie des procédés, les outils numériques (calcul intensif, simulations, programmation dans différents langages…) et la vaste étape de traitement des données sur ordinateur. Je dois mobiliser également des compétences humaines : la communication pour les cours et les conférences, le management pour gérer les projets étudiants que je peux proposer (je me retrouve parfois avec une petite équipe à diriger) et bien sûr la gestion de projet sur trois ans.

 

Quoi de prévu après la thèse ? 

Le milieu académique m’a plu, mais à moyen terme je compte rejoindre l’industrie dans le domaine de la R&D. Mes échanges avec Orano m’ont montré combien une carrière dans ces grandes entreprises du nucléaire pourrait être enrichissante.

 

Des conseils pour les camarades ?

Si la technique vous plaît, vous n’avez rien à perdre à vous lancer en thèse. Ce sont trois ans de vraie liberté qui n’affecteront pas votre carrière négativement. Au contraire, c’est un diplôme reconnu dans les très grandes entreprises et à l’international. C’est aussi une pente douce vers la vie en entreprise, à l’interface entre les études et la vie active, notamment si c’est en lien avec un industriel.

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Résultat de la simulation DEM (Discrete Element Method) d’un lit de poudre dans un four à vis. Les teintes rouges indiquent des vitesses élevées (temps de séjour plus court) et les teintes bleues des vitesses plus faibles (temps de séjour plus long).

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Contact : sylvain.cros@mines-paris.org

Sylvain Cros
Sylvain Cros (P04 Doct)
Sylvain Cros est enseignant-chercheur à l'Ecole Polytechnique, spécialiste des prévisions météorologiques pour les énergies renouvelables. Il est titulaire d'un doctorat de Mines Paris - PSL. Sylvain est administrateur de Mines Paris Alumni et membre du Comité de rédaction de la Revue. Il anime la rubrique Mines et la recherche.
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