Les défis des startups industrielles
Club Mines Industrie
Par Lucien Lacassin (P21),
cofondateur de Mines Industrie
Le 1er décembre dernier, Mines Industrie organisait un événement consacré au passage à l'échelle des startups industrielles : “From Start to Scale”. Une première pour le club, qui fêtera bientôt son premier anniversaire : cette rencontre était ouverte à tous et coorganisée avec Start Industrie, la fédération professionnelle des startups industrielles rattachée à France Industrie.

Cet événement prend tout son sens dans le contexte actuel : les levées de fonds ont chuté de moitié entre novembre 2024 et novembre 2025, faisant du financement un verrou majeur pour le passage à l’échelle. Le bilan est lourd : en 2024 seulement, 290 startups industrielles ont fermé leurs portes, sur un total de 3 200 en activité. Pourtant, ces entreprises constituent un levier essentiel de réindustrialisation, en permettant de réinventer le modèle industriel français. En particulier, deux tiers des startups industrielles sont issues de la cleantech et contribuent ainsi à la décarbonation de l’économie.

Mines Industrie s’est déjà penché sur la transition écologique de l’industrie en 2025, clôturé par la visite de l’usine Vicat de Montalieu-Vercieu en novembre. Le 1er décembre, le club a choisi d’explorer les défis des startups industrielles lors d’une journée de tables rondes. La matinée était consacrée à des sujets intra-entreprise, tandis que l’après-midi abordait des enjeux plus larges. Vous trouverez ci-dessous un résumé des différents thèmes traités.

 

Compromis entre agilité et standardisation

 

Les startups industrielles doivent rester agiles et réinventer en permanence leur produit pour s’adapter au marché. Pourtant, la production industrielle exige une standardisation qui semble, a priori, contradictoire : elle nécessite des process stables et fiables. Comment réussir ce grand écart ? En instrumentant la ligne de production et en exploitant les données pour systématiser la détection d’erreurs et approfondir la connaissance du process. Cet aspect doit être anticipé dès la conception de l’usine, en maintenant une ligne aussi versatile que possible. Rejoindre une plateforme peut également s’avérer utile pour déléguer des activités périphériques comme le raccordement en eau et en électricité, et se concentrer sur son cœur de métier.

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Un recrutement plus difficile pour les startups industrielles

 

Les startups industrielles font face à de multiples difficultés de recrutement : rareté de certaines compétences, faible visibilité, contraintes géographiques et enjeux de mixité. Pour y répondre, l’anticipation des besoins et le développement des compétences en interne sont essentiels, en nouant des liens étroits avec les organismes de formation et les écosystèmes régionaux. Face à la concurrence des grands groupes, certaines startups se démarquent toutefois en misant sur le sens du projet et l’aventure entrepreneuriale pour attirer les talents.

 

L’ancrage territorial pour un passage à l’échelle réussi

 

L’implantation des startups industrielles se heurte à de nombreux obstacles : accès au foncier et à l’énergie, complexité administrative, disponibilité des compétences et acceptabilité sociale des projets. Choisir le bon territoire implique d’anticiper très tôt les besoins industriels, financiers et humains, tout en s’intégrant dans un écosystème local adapté. Les solutions reposent sur trois leviers : un dialogue renforcé avec les collectivités pour identifier les dispositifs facilitant l’implantation, une planification anticipée des projets d’industrialisation, et un échange continu avec les citoyens pour rendre l’industrie plus lisible, intégrée et acceptable.

 

Les achats comme levier de scaling

 

Le premier achat par un acteur établi (grand groupe ou collectivité territoriale) à une startup industrielle est une occasion importante de croissance. La première étape consiste à bien cibler son marché : privilégier par exemple un secteur aux cycles produits rapides et dont les besoins en RSE sont alignés avec la mission de l’entreprise. Vient ensuite le passage à l’échelle. Le produit vendu sur-mesure au premier client peut devenir un produit sur étagère proposé à ses concurrents. Le secteur public est un acheteur potentiel important, mais il faut alors adapter son discours et ses méthodes à ce monde très différent du secteur privé, en intégrant notamment les dimensions politiques et le droit des marchés publiques.

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Financer son passage à l’échelle

 

L’investissement industriel exige des capitaux lourds. Pour les réunir, les startups doivent activer plusieurs canaux de financement : fonds de venture capital, financement corporate, financements publics, banques conventionnelles… L’enjeu est de combiner ces différents leviers pour sécuriser leur trésorerie et éviter les trous d’air à chaque étape de croissance. En parallèle, les compétences deeptech dans ces différentes entités s’améliorent, et les fonds comprennent désormais mieux les projets innovants et leurs spécificités industrielles.

 

Gestion des talents

 

Au-delà du recrutement, les startups doivent savoir gérer leurs talents en équilibrant culture fit et culture add pour constituer des équipes à la fois diversifiées et performantes. Le marché du travail a évolué : les startups emploient souvent des jeunes qui n’attendent pas un plan de carrière sur le long terme. Ils se projettent sur un an et demi. L’enjeu pour l’entreprise devient alors de fidéliser et de retenir ces compétences clés. Par ailleurs, l’implantation géographique joue un rôle déterminant : un site de production en zone périurbaine peut peiner à recruter pour des horaires décalés si le bassin d’emploi local n’est pas adapté à ce type de postes.

 

Choisir une gouvernance adaptée

 

Structurer la prise de décision est essentiel pour rendre les arbitrages efficaces. Trois niveaux de gouvernance se distinguent : d’abord, la gouvernance capitalistique, avec un conseil d’administration resserré qui analyse systématiquement les causes profondes des problèmes rencontrés. Ensuite, une gouvernance opérationnelle organisée en comités de pilotage, qui s’appuie sur l’expérience terrain des parties prenantes. Enfin, une gouvernance élargie aux acteurs publics, qui peuvent apporter leur expertise sur des sujets légaux ou le développement international.

 

La journée s’est conclue par l’intervention de Benjamin Saada (P07), fondateur de deux startups industrielles à succès. Après avoir présenté le projet d’Expliseat, il a partagé l’odyssée de Fairmat, et notamment le virage stratégique crucial qu’il a dû opérer face aux difficultés d’intégration de son produit dans les procédés clients. Selon lui, le succès d’une startup industrielle repose sur trois piliers : une vision claire, un produit standard et une qualité totale.

 

Nous espérons que les alumni présents ont apprécié cette journée. Vos retours sont les bienvenus : n’hésitez pas à nous contacter. L’aventure Mines Industrie se poursuit : une visite de site sur ce thème est en préparation, ainsi qu’un nouveau cycle d’événements pour le deuxième trimestre 2026. Pour rester informés de nos activités, vous pouvez rejoindre notre groupe WhatsApp en cliquant sur ce lien : www.bit.ly/ClubMinesIndus

Lucien Lacassin
Lucien Lacassin (P21)
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